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MERCI DE PRIVILÉGIER LES HOMMES SUR LES NAVIRES ET LES FEMMES A TERRE ! Il y a également de nombreuses choses possibles pour les femmes à terre ;)

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 sal ≈ mea culpa.

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Admin ›› the pirate king.
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MessageSujet: sal ≈ mea culpa.   Mar 10 Mar - 16:57



non, mon père m’a appris que la possession est le tort
le plus grave qu’on puisse causer à une personne aimée.


Ah, le bordel. Le matin il n'a plus le même visage que la nuit, quand le soleil éclaire ses murs, il en dégage soudain une sensation plutôt agréable, moins débauchée que celle qui se pointe lorsque la lune remplace sa soeur. Inspirant profondément, Wolfe se surprend à détailler pour la énième fois la bâtisse qui surplombe la ville dans toute sa splendeur, finement décorée outre les gloussements il ne se serait même pas douté qu'ici règne en maître le plaisir de la chair, les prostituées et les pièces en or. A une heure si peu avancée, il n'a à priori strictement rien à faire, et à la réalité, lorsqu'il y passe il en va seulement d'accompagner son équipage qui en manque d'affection trouve son bonheur dans les poitrines qui pullulent dans les couloirs en bois. Lui, contrairement à bien d'autres préfère ce jeu de séduction qu'il peut y avoir entre deux êtres, cette attente, cette satisfaction d'avoir l'autre dans les draps, la complicité naissante tout comme l'adieu rarement déchirant qui se fait quelques heures après le péché ardemment consommé. Il n'a rien à voir avec cette facilité, parce qu'il est bien connu pour se complexifier la vie à outrance, il fait seulement office de présence histoire de retrouver un des hommes qui fait partie de son troupeau. William Milton et sa fâcheuse manie d'en raconter un peu trop à sa favorite, lui et son inconscience encore plus déconcertante que celle qui a touché l'Ecossais depuis sa naissance. Cependant lui vint le doute durant quelques secondes, parce que là-dedans tout est différent, parce que si jadis ce fut un lieu paisible à priori, depuis l'arrivée d'un autre le malaise est palpable en son coeur, son corps, toute son âme entière qui lui hurle de faire quelque chose. Ne voulant l'écouter, il secoue sa tignasse brune avant de pousser l'immense porte qui le mène à une entrée, puis une autre qui l'attire derechef dans la salle principale qui témoigne d'une veille plutôt arrosée. Zieutant machinalement d'un côté puis d'un autre, il croise le regard d'une des employées du lieu. Elle lui accorde un sourire tout en époussetant le bas de sa robe poussiéreux, quant à lui il lui renvoie un sourire poli accentué d'une parole délicate. « Bonjour Charlotte. » Les cheveux bruns, les yeux bleus, cette donzelle incarnerait presque ce qu'il a perdu quatre ans auparavant, avec cette candeur en moins, cette bêtise particulière en plus et cette sale manie de foncer tête la première dans ce qui ne devrait pas la regarder. Il en est du quotidien des catins après tout, elles connaissent les ragots, elles sont les yeux, les oreilles de Nassau. « Et bien ? Que fais-tu à cette heure ? » Lui accordant une grimace presque gênée, le quartier-maître passe automatiquement une main dans sa nuque pour la masser tout en retenant un rire sec à peine audible. Il ne s'arrête pas de regarder un peu partout pour autant, surprenant parfois des vêtements qui à priori furent jetés dans le vide quelques heures plus tôt. Se retenant de se moquer ouvertement de l'établissement il hausse les épaules en reprenant le fil de la conversation. « T'aurais pas croisé William par l'plus grand des hasards ? » Mine curieuse, il la dévisage un instant en penchant sa tête sur le côté à l'instar d'un jeune chiot trop interrogatif. Pourtant, c'est au moment exact où elle tend à lui répondre qu'un petit personnage minuscule se rue sur ses jambes en gazouillant. Sur l'instant, Wolfe sursaute presque et ne comprend guère ce qui lui arrive. Fronçant les sourcils, c'est en baissant la tête qu'il remarque la petite fille qui s'est accrochée à lui telle une sangsue qui n'en a pas assez fait. Elle n'est pas n'importe qui. Elle est Mona la précieuse, le trésor du bordel, le rayon de soleil du co-gérant qui n'en a plus eu depuis qu'il est arrivé dans cette ville. Déglutissant il n'a pas à se forcer à avoir bonne mine, au contraire, il se baisse même pour l'attraper dans ses bras et sans crier gare, elle lui éclate un baiser sur la joue. « Tonton Wouuuuuuf. » Parce qu'à deux ans, c'est étonnant à quel point il est possible d'apprendre tout comme d'essayer de parler convenablement. La descendante Graham ne le fait pas très bien, néanmoins elle essaie et c'est ce qui est le plus noble dans cette tâche, elle a le courage et surtout aucune peur. Parce que quand on est aussi jeune, on ne se doute pas du danger, on ne voit pas la mort, on ne se doute pas que d'un seul coup tout peut se stopper et surtout la souffrance n'a aucune définition. Il l'envie. « Princesse, j'vous écoute. » Même si plus tard elle aura les manières d'une amazone, elle restera toujours un petit bijou perdu dans cet océan de richesses mornes. Sans plus de cérémonies, elle gigote assez pour lui faire comprendre qu'il doit la lâcher, ce qu'il fait de peur de se prendre une crise de pleurs en pleine figure. Attrapant sa grande main, elle le tire en couinant gaiement. « VIENS ! » Parce que c'est un ordre et qu'il n'a pas le droit de refuser, même s'il n'incarne aucun bon prince digne de ce nom, il veut bien donner l'illusion à cette gosse qu'il peut être quelque chose alors qu'il n'est rien pour son père. Frémissant rien qu'à l'idée de le recroiser dans une autre pièce, son palpitant se serre, son sang éclate dans sa peau et la nervosité s'empare de ses nerfs qui frappent un rythme irrégulier dans ses muscles. Peut-être aurait-il mieux fait de dire à Mona qu'elle ne faisait que l'embêter, qu'elle empiétait sur son travail et qu'en plus, elle est d'une idiotie incroyable. Or, le mensonge n'est pas maître mot de Ramsey qui ne saurait briser l'espoir de la progéniture de celui qui fut une partie de lui. Ou est. Ou qui sait vraiment. Tout est trop flou, même les paroles qui fusent dans son crâne ne sont pas claires.

C'est terminé, pourquoi Diable est-ce qu'il ose encore penser que quelque part, sa chance finira par tourner ? Ce n'est que foutaises, il n'est plus en âge de croire aux contes et le jour où Sheona a laissé son dernier souffle passer la barrière de ses lèvres, il a tout perdu, y compris une part de sa niaiserie. La démarche maladroite de la fillette l'amuse, il trouve une certaine joie à venir ici lorsqu'il ne se prend pas un regard haineux en pleine figure de sa part. Un jour elle découvrira sans aucun doute quel monstre il peut être, cependant et pour le moment elle préfère se dire qu'il vaut mieux que les autres. Pourquoi lui et pourquoi pas un autre ? La question reste en suspend, de toute manière trop jeune pour pouvoir y répondre de manière concise, il n'y a que de l'amour idéaliste dans ses prunelles malicieuses. « 'est le piouu. » Forcément quand on est trop excité, on ne trouve plus les termes exacts. Un oiseau ? Vraiment ? Serait-il trépassé ou réellement vivant ? Plutôt perplexe à l'idée de découvrir le cadavre d'un quelconque perroquet il n'y répond rien en suivant avec attention le chemin dans lequel elle le pousse à se perdre. Dans ce quartier-là, il ne s'est jamais empourpré, du moins dans ses plus lointains souvenirs il ne connaît que les chambres ainsi que la salle principale, quelques couloirs, du reste en revanche le bordel est un véritable mystère et Dieu seul sait ce qui se déroule derrière les rideaux pourpres. Une porte à moitié ouverte s'impose à eux, elle s'y engouffre en emmenant le pirate qui cesse de respirer à l'instant même où il croise l'ombre qui étalée sur son bureau bouge à peine des mains pour écrire sur quelques parchemins. Quand on pense au pire, celui-ci arrive toujours à se frayer un chemin dans les songes. C'est un fait indéniable auquel Wolfe peut irrémédiablement témoigner puisque totalement sorti de sa bulle pouponne tous ses membres se crispent sans pour autant broyer les os de Mona qui fièrement pointe du doigt la perruche disposée sur un meuble beaucoup trop grand pour elle. Celui-ci siffle à peine, et l'écumeur déboussolé à outrance n'arrive pas à détacher son regard de la forme qui petit à petit se redresse. Accordant une oeillade totalement lointaine à l'animal qui se meuve dans sa cage gigantesque, il se surprend à fixer d'un seul coup la tignasse châtain de Mona qui de toute façon, ne se doute pas de la peur qui s'empare des entrailles de son invité. Paraît-il que contrôler l'effroi, ça vous contrôle aussi un homme et Sal Graham, son passé, semble jouer son rôle de marionnettiste à la perfection. « Regaaaarde. » Mâchonné pour pas deux, il s'impose une gifle intérieure pour ne pas décevoir l'aventurière miniature qui a récupéré une bien belle prise de sa pêche journalière. « Il est beau, très très beau. » C'est que ça sonne faux et vrai à la fois, elle gobera le mensonge de toute manière parce que faire le tri c'est une spécialité qui appartient aux plus jeunes. Ne sachant où se mettre, son unique envie, la plus légitime aussi doit être de glisser sa tête dans la terre pour ne plus jamais en sortir. Technique sauvage certes, toutefois elle a fait ses preuves et concernant son ancien ami qui se trouve dans ce lieu, assis à ce bureau, il ne trouve aucune alternative plus plaisante. En revanche, ce que Wolfe a oublié sur l'instant c'est qu'il est loin d'être un bestiau. Il est un homme, un homme qui n'oublie pas, un homme qui continue de laisser sa carcasse sécher sous un soleil de plomb au nom d'un pardon qui ne lui sera jamais offert. Mais, où se situe réellement le mal ? Est-ce dans cette idée d'avoir perdu ce proche ou est-ce plutôt de n'avoir jamais partagé ce qu'il souhaitait avec lui ? Cette honte ? Cette horreur qui peut emmener quiconque la frôle dans une maison spécialisée pour ces troubles ? Il est malade. Pourtant il aime cette situation. Il est malade et pourtant ça ne l'arrête pas dans les battements pitoyables de son coeur tailladé au couteau. Nom d'un chien, s'il se voyait, il se foutrait de lui ouvertement comme jamais. C'est déplorable, il ressemble à un adolescent qui n'est pas capable d'adresser la parole à une bourgeoise qui hante ses pensées. Inspirant profondément pour se donner contenance il redresse la tête, cette fois-ci plus aucun moyen de se défiler, et puis quitte à vouloir se brûler le squelette, autant ne pas y aller de main morte. Hésitant, il passe le bout de sa langue sur ses lippes tout en reprenant cette sale habitude de s'attarder sur les traits tachés de Sal. Ils sont marqués par le temps, ils sont gravés par le drame, ils sont brisés à cause de lui. Et dans toute cette agonie, il n'est pas capable d'apaiser ses maux les plus horribles, ceux qui hurlent après cette soeur cadette périe en mer. « Un oiseau... J'croyais que toi et ces bêtes-là, c'tait une grande histoire d'amour. » L'art de vous engager une conversation plus que risible. Il ne va pas y arriver, il sent la fin dès le commencement et se remémore avec une certaine nostalgie l'indifférence de son aîné envers ces animaux à plumes, non pas jusqu'à la haine, juste assez pour qu'il plisse le nez parfois en pestant qu'ils sont facteurs de diverses maladies. De quoi vous embrumer toute une journée, d'avoir une phobie grandissante pour les volatiles. Poussant un soupir tout en grognant à peine contre son manque net de perspicacité sa main libre se glisse dans le fin fond de la poche de son pantalon alors que d'un ton plus posé, plus réaliste surtout il ajoute. « Si tu veux que j'déguerpisse, t'as qu'un mot à dire. Faut juste que tu l'ouvres. » Que tu me parles, que tu me prouves que j'existe encore un peu pour toi. Mona trop obnubilée par son nouveau compagnon tire une moue monumentale en comprenant qu'elle ne peut pas l'attraper, alors pour répondre à son caprice elle tend les  doigts vers celui qu'elle considère comme son oncle. Ne pouvant lui dire non, c'est pour la deuxième fois qu'il la reprend entre ses bras, un moyen comme un autre de rester plus longtemps, de profiter du silence, d'avoir enfin son attention. Non pas un sourire, il ne l'espère plus. Juste un regard, juste une émotion, un simple murmure. Est-ce trop demandé ? Il faut croire que de nos jours, apparaître dans le miroir personnel de l'autre est devenu un luxe qu'on ne peut se payer. Plus lui. Alors il espère, parce que lui n'a plus l'apparence pour se sauver, il est tout entier et cherche à se définir dans ses iris profonds, pas ceux d'un autre. Parce qu'il n'a eu d'importance que pour ceux-là depuis une éternité, parce qu'il n'y a plus que ceux-là pour le consumer.

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i'll wrap my hands around your neck so tight with love
« il existe un lieu où le monde de la lumière rencontre celui des ténèbres. c'est là que tout se produit: dans la terre des ombres, où tout est rare, confus, incertain. nous sommes les gardiens de cette frontière. »
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MessageSujet: Re: sal ≈ mea culpa.   Lun 16 Mar - 1:18



on m'avait dit te pose pas trop d'questions, tu sais petit, c'est la vie qui t'répond


Quelque part au loin, à travers la brume épaisse de ses songes sombres et tourmentés (et probablement assez alcoolisés aussi), Sal Graham entendit le chant rauque et désagréable au coq. Si son corps encore engourdi ne réagit pas, son esprit en revanche, commençait à émerger, comme harponné par un hameçon de pêche et tiré irrémédiablement vers la surface. Il grogna dans ses oreillers, comme pour intimider le jour qui pointait et lui chatouillait déjà les yeux. Noooon, il ne voulait pas se réveiller. Il n’était pas d’humeur. Jamais les lendemains de cuite. Il était trop faible, trop fracassé pour affronter une journée de travail. Le bordel n’avait pas besoin de lui. Personne n’avait besoin de lui. Tournant la tête pour éviter la lumière, il se sentait déjà glisser à nouveau entre les bras doux de Morphée pour quelques heures salvatrices, quand…

« PAPAAAAAA. »

Sal laissa échapper une exclamation de douleur étouffée lorsqu’un poids s’écrasa sur son dos, manquant de lui briser les vertèbres avec ses coudes et ses genoux qui commençaient déjà à lui grimper dessus en babillant joyeusement. Bon sang. Le coq, c’était plus délicat quand même. Peut-être que c’était Dieu qui, en voyait qu’il flemmardait dans son lit en cuvant les restes de vin de la veille, avait décidé de lui envoyer le pire fléau qu’il avait inventé pour dormeurs retardataires : sa fille. Une véritable tornade qui ne lui laissait aucun répit les jours où Maria avait la délicieuse idée de la lui laisser pour la journée.

« Mona, tu m’écraaaaaases. » marmonna-t-il en essayant tant bien que mal de se redresser et d’ouvrir les yeux, encore à moitié assommé par ce réveil plus que brutal. La gamine roula sur le lit en riant et prit le visage de son père entre ses deux menottes : « Papa. Fini do’mir. On joue ? » Nan, nanananan on joue pas, pas tout de suite, il fallait lui laisser le temps de remettre les deux pieds dans le vrai monde et pour l’instant il n’y avait qu’un orteil. Ebouriffant les cheveux de sa gamine, il leva les yeux vers la porte… pour croiser un regard courroucé. Sal soupira et consentit enfin à sortir de son lit et à enfiler une chemise. « Sofia est à South Hamilton pour la journée. Il faut que tu gardes Mona. » La voix de Maria était sèche comme un couperet, et Sal devina qu’elle avait repéré les fonds de bouteille de vin et de rhum sur la commode. L’ancien médecin soupira et hocha la tête, aussi peu bavard que tous les matins difficiles. Maria marmonna quelque chose qu’il ne comprit pas, et elle s’en fut sans demander son reste. Sal la regarda partir, incapable de réagir, puis il posa les yeux sur sa fille qui jouait déjà à ouvrir tous les tiroirs à la recherche de trésors. Il soupira à nouveau, le regard adouci. « Seigneur… qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi pour la journée ? » Il n’eut pas de réponse, si ce n’est un grand sourire étincelant. Sal en esquissa un en retour. Allez, puisqu’il fallait s’y mettre…

Quelques heures plus tard, Sal était assis à son bureau dans la pièce attenante, son esprit revigoré plongé dans les comptes de la semaine, des liasses de papiers sous les yeux et quelques colonnes de pièces récoltées par les filles et remises à ses soins de trésorier de ce navire fixe et brinquebalant. Assise dans un coin, Mona jouait, avec pour consigne de ne pas sortir du bureau pour ne pas déranger Charlotte et ses consoeurs dans leur travail ou croiser Haytham – il n’était pas sûr que son ami soit d’une patience exemplaire avec les enfants, même s’il tolérait la petite de temps en temps tant qu’elle restait invisible. Il était un peu plus de dix heures, l’heure morte pour le bordel, celle où les pirates cuvaient dans un coin et où les filles rangeaient ou se reposaient après une nuit agitée. Drôle de vie pour un ancien médecin, drôle de cadre pour une mioche de deux ans. Etait-ce pour se rattraper, en un sens, qu’il avait consenti à lui acheter cette perruche au marché, lui qui n’avait jamais apprécié les oiseaux ? Peut-être. Il y avait beaucoup de choses que Sal aurait aimé rattraper, dans sa vie. Malheureusement, une perruche n’était probablement pas la solution pour toutes. Absorbé dans ses pensées, Sal ne remarqua pas que la petite s’échappait en entrouvrant la porte, et ce n’est que lorsqu’elle la rouvrit que le comptable s’aperçut qu’elle était partie. Relevant les yeux, étonné, pour les poser sur sa fille, il fronça les sourcils.

« Mona, je t’avais demandé de rester… » Remarquant qu’elle n’était pas seule, il leva le regard pour identifier son invité. Sa voix mourut dans sa gorge avant qu’il n’ait pu finir sa phrase. Lui. « Regaaaarde. » La voix de Mona lui paraissait bien lointaine alors que les aiguilles de la pendule avaient suspendu leur course. Ce n’était pas possible. De toutes les personnes que Mona aurait pu alpaguer et mener dans cette pièce, il avait fallu que ce soit Wolfe Ramsey. Un ancien ami, un ancien frère, un ancien tout qu’il avait rejeté parce qu’il n’était pas capable de gérer le désastre qui l’avait ravagé, parce qu’il n’avait pas été foutu de s’accrocher à la seule planche de salut qui se présentait à lui, parce qu’il avait préféré couler à pic parce que c’était plus simple que de lutter contre la tempête en espérant y survivre. Les doigts de Sal se crispèrent sur la plume qui ne traçait plus rien et il baissa les yeux sur son écriture en patte de mouche. « Il est beau, très très beau. » La voix de Wolfe, en revanche, lui paraît beaucoup trop réelle. Elle a changé, aussi. Profitant de ce que l’attention de Wolfe soit momentanément détournée par la perruche et l’insistance de Mona, Sal releva brièvement les yeux pour détailler ce fantôme ressurgit du passé (au moment même où il songeait à lui, mais il s’empressa de chasser cette pensée de son esprit). Wolfe avait bien changé, pas seulement sa voix. Ses cheveux avaient poussé, comme les siens. Il n’avait visiblement pas eu le temps de se raser depuis quelques jours, ses traits s’étaient affinés, ses épaules s’étaient un peu élargies peut-être. Il avait entendu dire qu’il était devenu pirate, depuis leur arrivée, depuis qu’il ne lui adressait plus la parole. Visiblement, la vie en mer avait paradoxalement asséché le corps autrefois plus juvénile de son compagnon. Il avait grandi. Il était… différent. Et pourtant, tout un peu le même. Assez pour que Sal ressente ce pincement au cœur contre lequel il avait lutté si vaillamment et pratiquement réussi à faire disparaître.

« Un oiseau... J'croyais que toi et ces bêtes-là, c'tait pas une grande histoire d'amour. »

Cette fois, Sal ne pouvait plus fuir comme il l’avait si bien fait en lui claquant sa porte au nez depuis quatre ans. Mona, irrésistible et fatale Mona, avec son grand sourire et sa candeur, avait mis son père au pied du mur et le forçait à affronter ses vieux démons en amenant le danger directement là où il ne pouvait plus l’éviter. Dans l’espace sécurisé, isolé de son bureau, son refuge, là où il pouvait se noyer dans un travail qui était à peu près sa seule raison de se lever le matin et rêver à une vie qui ne sera plus jamais, coincé dans des regrets qui lui collaient à la peau comme un marasme impossible. Non, les oiseaux et lui ça n’avait jamais été une grande histoire d’amour, c’était uniquement pour Mona qu’il avait consenti, sinon il y aurait longtemps qu’il l’aurait relâché, ce piaf inutile qui était là juste pour la décoration et le plaisir d’une enfant. C’était peut-être bien la seule chose qui faisait qu’il n’était pas complètement inutile cet oiseau, d’ailleurs. Sal ne répondit pas, les yeux baissés sur Mona qui les ignorait maintenant tous les deux pour caresser le plumage de l’oiseau et lui murmurer à l’oreille des secrets qu’il ne connaîtrait sans doute jamais. Jusqu’à ce que Wolfe ne remue et ne lui adresse à nouveau la parole.

« Si tu veux que j'déguerpisse, t'as qu'un mot à dire. Faut juste que tu l'ouvres. »

Le cœur de Sal se serra un peu plus dans sa poitrine. Oui, il savait. Un mot, et il s’en irait à nouveau. Il l’avait toujours chassé, et Wolfe avait fini par renoncer à lutter. Il avait eu raison. A force de cogner, Sal ne se prenait qu’un juste retour de bâton. De même qu’il avait réussi à éloigner Maria de lui à force de ne pas l’écouter, il avait réussi à couper les ponts avec Wolfe à force de le rejeter et de lui asséner des coups de poignards dont, de plus en plus souvent, il s’interrogeait sur la justification. Il reposa sa plume sur son bureau. Inutile de faire semblant. Et l’ignorer royalement… est-ce que c’était encore une option, maintenant qu’il réalisait, douloureusement, honteusement, à quel point son attitude était puérile et ridicule ? Voire Ramsey lui faisait toujours aussi mal, c’était indéniable. Mais pour une fois, Sal était fatigué de lui faire la guerre. Non, plutôt : Sal était fatigué de mener une guerre à sens unique. Le médecin se laissa aller lentement contre le dossier de sa chaise, les yeux passant de Wolfe à Mona sans vraiment savoir où se fixer. Il était mal à l’aise, il ne savait pas quoi dire. Mais il en avait assez de se murer dans ce silence plus épuisant que tout le reste.

« Non non, c’est bon. Je… » Sal cherchait quelque chose à dire, quelque chose d’intelligent, quelque chose de pas blessant, quelque chose de banal, n’importe quoi qui ne fasse pas tout exploser maintenant, pas encore. Il n’y avait plus rien à détruire, de toute façon. Il s’en était assez bien chargé comme ça au cours de ces quatre dernières années. Ses yeux se posèrent à nouveau sur Mona, et il se raccrocha une fois de plus à sa fille pour se sortir de là. « Je crois que si je te mettais dehors, elle fuguerait avec toi. Deux ans, c’est un peu jeune pour la vie de pirate. » Sal reconnut à peine sa propre voix, espérait qu’elle sonnait aussi calme qu’il le souhaitait. Sa voix avait toujours été une arme, un bouclier ; grave, profonde, capable de tonner autant que d’apaiser. Aujourd’hui, c’était cette deuxième option qu’il voulait. Mettre un peu de baume sur les plaies béantes. Sans savoir pourquoi, sans savoir où ça mènerait. Peut-être nulle part. Mais un peu de paix, ça ne pouvait décemment pas leur faire de mal. Enfin, Sal trouva le courage de relever les yeux vers Wolfe, pour le regarder franchement, pour la première fois en quatre ans. Son cœur avait accéléré dans sa poitrine, il était douloureux aussi, des sentiments mitigés se disputaient le monopole dans sa tête, doute, méfiance, colère, tristesse, regrets, nostalgie, joie, soulagement, culpabilité. Culpabilité pour beaucoup de choses, sans qu’il ne sache pour quoi exactement. Ca pesait lourd dans sa poitrine. Ca pesait lourd depuis quatre ans, mais c’était maintenant qu’il en était le plus conscient. Et il ne savait pas comment faire pour que ça s’arrête. Son attention attirée par un bruit, Sal regarda à nouveau Mona, pour constater qu’elle tentait de remettre la perruche dans sa cage mais que Wolfe se tenait trop loin de la cage pour qu’elle puisse l’atteindre, et était trop distrait pour s’en rendre compte. Doucement, Sal déplia son corps trop grand pour ce petit bureau et en quelques pas fut à côtés d’eux, pour prendre délicatement la perruche des mains de Mona et remettre l’oiseau dans sa cage. La bestiole roucoula alors qu’il refermait le grillage.

« Merci de… t’occuper d’elle. Charlotte m’a fait comprendre que tu jouais souvent les grands frères… ou les oncles modèles, devant l’établissement, quand Maria a le dos tourné. » poursuivit-il en tentant un léger sourire. « Et je crois que je n’ai jamais eu l’occasion de t’exprimer ma gratitude. Après tout, tu as sûrement autre chose à faire que de t’occuper d’une petite fille. » Surtout de celle d’un ingrat ajouta-t-il en pensée. Comprenant qu’on parlait d’elle, Mona porta son pouce à sa bouche et blottit sa tête brune au creux de l’épaule de Wolfe. Sal eut un sourire attendrit et son regard s’adoucit, alors qu’il effleurait la joue de sa fille de l’index. Il n’était pas un bon père. Il ne savait pas être père. Mais savoir qu’il y avait quelqu’un comme Wolfe pour garder un œil sur elle, c’était tout ce qu’il pouvait souhaiter de mieux, pas vrai ? « Puisque tu es là, assieds-toi. Je vais demander à ce qu’on nous monte du thé. » lui proposa-t-il en lui indiquant un fauteuil de la main pendant qu’il ouvrait la porte pour interpeller une fille au hasard et passer sa commande. Quelque chose lui disait que ce n’était vraiment pas le moment de proposer un verre de vin. Il n’était même pas sûr d’en supporter un correctement pour se préparer pour la conversation à suivre. Il referma la porte derrière et retourna s’asseoir derrière son bureau, dégageant un peu de place en repoussant en vrac ses parchemins couverts de chiffres. Puis il posa ses avant-bras sur la table, mains jointes comme une prière, et releva les yeux vers Wolfe, une pointe d’appréhension dans le regard.

« Alors… ? J’ai entendu dire que tu avais rejoint l’équipage de Woodes Hawkins ? On dit qu’il est loin d’être commode, j’espère que tu n’en as pas profité pour devenir un affreux pirate sanguinaire… » Sal eut un petit rire, presque forcé mais pas tout à fait. « … ça ne t’irait pas du tout. »
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MessageSujet: Re: sal ≈ mea culpa.   Lun 16 Mar - 16:53



non, mon père m’a appris que la possession est le tort
le plus grave qu’on puisse causer à une personne aimée.


Wolfe redoute, il s'avère même profondément effrayé si bien qu'il n'ose pas ou presque pas croiser le regard de celui qui fut son tout durant une époque. Celui qui fut un peu trop, celui qui avait forgé sa place en son coeur barricadé par des muscles trop faibles pour y survivre. Il inspire, expire, calmement même si intérieurement tout laisse à penser que le contraire va lui éclater entre les doigts. Ce n'est pas bon de jouer avec ses nerfs, pourtant, une part de lui répète de manière presque dépitée que la vie est beaucoup trop courte pour continuer à se haïr, que s'il lui demande de partir alors il en sera probablement de façon définitive, il ne remettra plus les pieds au bordel, ni même dans le ventre de Nassau. Essayant de se débarrasser des horribles pensées qui pourrissent son optimisme, il ne lui reste plus qu'à atteindre pendant que Mona s'amuse avec l'animal qui lui fera probablement regretter ses gestes brusques un peu plus tard. Il voudrait en dire plus Ramsey, beaucoup plus, se mettre à ses pieds pourquoi pas en le suppliant de lui cracher à la figure, de lui prouver qu'il est encore un semblant de quelque chose pour lui. Il l'a peut-être oublié dans les méandres de son désespoir, quelque part dans des limbes où personne ne peut aller parce qu'elles lui appartiennent ces brumes grisâtres qui obstruent sa vision. Sal s'y est enfoncé tout seul, y a jeté ses pieds sans adresser une oeillade de regret vers le passé. S'il peut le comprendre, les quatre années scellées sous un silence de cimetière restent néanmoins un véritable mystère pour lui. Est-ce donc humainement possible d'éprouver une telle haine pour un spectre ? Il faut croire que oui puisque Graham ne paraît pas décidé à le prendre dans ses bras, à lui murmurer que tout est oublié, qu'ils pourront reprendre là où tout s'est terminé. L'écumeur n'y croit rien, il s'insulte même intérieurement en s'offrant de telles illusions qui certes agréables, ne font que le faire couler dans l'océan si profond qu'est celui qu'il parcourt actuellement. « Non non, c’est bon. Je… » Alors que dans un élan désespéré il se prépare à reposer la petite pour lui faire ses adieux, il se fait couper derechef par cette phrase qui résonne dans son crâne telle une douce mélodie à laquelle il pourrait prendre goût. Que vient-il de dire ? Serait-ce un non ? Papillonnant des cils, se demandant si la fièvre n'a pas atteint tout son organisme, il essaie de rester le plus neutre possible pour ne pas trop dévoiler de cette joie confuse qui se diffuse le long de ses veines jusqu'à son estomac qui en vient à se tordre agréablement. Ce n'est donc pas terminé, pas totalement du moins. Il y a encore une chance qui s'offre à lui, qu'il doit prendre sans se plaindre sinon ce sera un retour dans les enfers qui souvent torturent son esprit une fois la nuit tombée. N'osant aborder quelconque mine réjouie, il reste d'une neutralité qui lui fait mal aux os. Tout garder, ça n'a jamais été bon, surtout pour un personnage tel que l'ancien maréchal-ferrant, qui très peu habitué à être inexpressif découvre que quand on veut, on peut, suffit-il seulement de s'en donner les moyens. « Je crois que si je te mettais dehors, elle fuguerait avec toi. Deux ans, c’est un peu jeune pour la vie de pirate. » Oh, il ne fait pas si bien dire. Elle pourrait le suivre jusqu'au bout du monde cette petite, jusqu'à ce qu'il dise non, juste pour lui faire plaisir et avoir de son amour qu'elle souhaite tant. A cet âge, on ne se rend pas compte des répercussions que peuvent avoir un tel sentiment, c'est bon, c'est mauvais, c'est un peu des deux à la fois, cependant quand on est enfant on passe assez rapidement un autre chose. Un amoureux perdu n'est qu'un amoureux parmi des tas d'autres, qu'il en soit ainsi ! Chez les adultes en revanche, c'est autre chose. La preuve en est que même l'envie d'oublier n'est pas suffisante, qu'il y a des restes, des lambeaux qui continuent de pendre sous son nez, impuissant il ne peut que se faire à cette souffrance qui l’enivre autant qu'elle le dévore petit à petit. Une douleur pour un bonheur anodin, éphémère qui ne veut plus rien dire, celui-ci se raccroche seulement à un visage, à un prénom qui fait frémir sa peau légèrement bronzée. Pinçant sa lèvre inférieure il dévie son attention sur la tignasse de Mona pour ne pas croiser les grandes prunelles claires de son interlocuteur qui, attrapant l'oiseau le remet en quelques secondes dans sa cage. Le plus étrange dans tout ça, c'est qu'il paraît plus qu'apaisé, bien qu'à peine nerveux d'avoir à faire face à celui qui a poussé sa soeur dans la tombe. Sheona, le motif de leur litige, Sheona, ce regret qui lui rappelle à quel point il est insignifiant. Déglutissant rien qu'à y songer, il se refuse à enfoncer à nouveau le couteau dans la plaie, qui, rouillé pourrait provoquer sans aucun doute une infection dont les deux ne pourraient en guérir. Il faut savoir effacer les traces sur le sable avec de l'eau, il faut le faire, pour le bien d'un recommencement, d'une renaissance. Alors pour une fois, Wolfe se donne le droit de tirer un trait sur cette soeur cadette bien trop présente malgré son absence ayant laissé un néant considérable dans leurs mots. Alors qu'il se donne le courage d'enfin ne serait-ce que l'apercevoir, il peut déceler un sourire maladroit dans sa manière de démontrer sa gratitude qui en plus d'être dite, se veut révélatrice de par ses gestes. Ce n'est pas un déplaisir de s'occuper de sa gamine, tout bonnement parce qu'elle représente bien plus qu'elle ne peut le croire. Elle est ce qui le raccroche à lui, à celle qui a perdu son souffle dans l'océan, elle est l'exacte progéniture d'un optimiste hyperactif. Avant Nassau, Graham était tout aussi enjoué, il n'avait de cesse d'aller à gauche, à droite, de découvrir de nouvelles choses tout en étant bien ancré dans ses petites habitudes. Avant que tout ne parte à la dérive à cause de sa famille, il lui arrivait même de lui lire parfois des paroles dans un grec ancien, parfois en latin et le plus jeune des deux ni comprenait strictement rien, il prenait ceci pour des paroles obscènes qui faisaient rire affreusement, et ils finissaient par se bidonner dans un sofa moelleux. Ils avaient leur bulle. Ils avaient leur endroit. Celui-ci a brûlé sous les yeux impuissants du pirate qui n'arrive plus à recoller les morceaux. Il peut en voir quelques-uns qui continuent de suivre à la trace Sal, parce que quelque part, il est aussi commanditaire que lui de ce génocide personnel. Ils ont leur faute dans ce butin qu'est la peine et la rancoeur.

Ne trouvant rien à répondre à tout ce qui a déjà pu être énoncé, il n'a qu'un vague sourire maladroit naissant sur ses lippes, il n'ose pas s'agrandir de peur de le faire fuir plus qu'il ne l'est déjà. Si proche, si loin à la fois il voudrait être capable de revenir en arrière, faire une croix sur son propre bonheur pour rester à Edimbourg, pour qui sait passer la bague au doigt à sa soeur, en faire son épouse pour des années plus tard avoir une tripotée de mouflets inconscients. Il en aurait été capable, après tout Sal aurait été dans son entourage. Des choses telles que celles-ci se déroulent uniquement dans les rêves, leur présent ne peut leur permettre une telle idiotie, ils doivent s'y faire parce qu'après tout, là est le sens de l'existence ; tout est unique à sa manière, même s'ils se ressemblent tous par leurs agissements. Les hommes sont étonnants autant que détestables, ils forgent les royaumes à leur manière et se déchirent pour mieux se rabibocher. « Puisque tu es là, assieds-toi. Je vais demander à ce qu’on nous monte du thé. » Plutôt surpris d'une telle demande, il jette une brève oeillade vers le ciel à l'extérieur. Serait-ce l'incarnation divine de quelqu'un qui souhaite lui jouer un tour ? Il n'est pas encore totalement fou, bien que totalement cinglé d'avoir mis les pieds dans l'équipage d'Hawkins, il ne fabule plus, il est là, les pieds vissés dans le sol à réagir seulement lorsqu'il entend la porte grincer derrière lui pendant que Mona se love un peu plus contre son torse ainsi que son épaule. Haussant les sourcils, il ne se fait pas prier plus longtemps et s'assoit face au bureau du co-gérant du bordel, adoucit sa méfiance s'en est allée vers des rivages plus déplaisants. Enfin il peut s'attarder sur l'allure de Sal qui clairement, n'est plus la même depuis qu'ils sont arrivés. Ses cheveux sont longs tombent avec délicatesse sur ses épaules, quant à sa barbe plus épaisse lui donne l'air d'un commandant militaire. S'il pourrait en rire, s'en sentir même un peu chaviré, les cernes naissants sous ses yeux ne présagent rien de bon autant que son teint plus pâle qu'à l'accoutumée. Quelque chose a disparu en lui, est allé se vider dans une bouteille de rhum ou de vin selon ses pulsions journalières. Honteux, il passe une main sur le dos de la petite fille avant de caresser du bout des doigts sa colonne vertébrale, celle-ci soudainement apaisée serait presque prête à s'endormir si les deux adultes ne discutaient pas autant - ou du moins, si l'ancien médecin ne posait pas de questions. « Alors… ? J’ai entendu dire que tu avais rejoint l’équipage de Woodes Hawkins ? On dit qu’il est loin d’être commode, j’espère que tu n’en as pas profité pour devenir un affreux pirate sanguinaire… » Les nouvelles vont vite, si au tout début de sa mésaventure avec son supérieur il en tirait des grimaces, maintenant il n'en ressent plus le besoin. Ni fier de ce qu'il fait, il reste d'un calme olympien, n'ayant de toute façon pas le temps pour un quelconque état d'âme. C'est son choix, il l'a fait, doit l'assumer, c'est grâce à tout ce qu'ils font qu'il peut encore manger, s'abreuver, payer ses vêtements et s'en prendre plein les mirettes - même si celles-ci dégoulinent d'un liquide vermeil qui ne lui appartient pas. « … ça ne t’irait pas du tout. » Il se trompe. A un point tel que Wolfe n'arrive pas à réprimer un petit rire sec, si bien que Mona s'en sent interloquée et le dévisage quelques secondes. Il n'est pas mauvais pour autant, seulement horriblement, fatalement réaliste. En quatre ans il a mûrit, en quatre ans il en a appris des choses, surtout que l'espoir ce n'est bon que pour ceux qui peuvent se le payer. Lui en plus de ne pas avoir l'argent pour, n'a certainement pas le temps de s'entourer de chimères, outre une qui se veut plus que persistante et le rattache à son avant. Pinçant sa lèvre inférieure avec un malin plaisir, il hausse naturellement les épaules avant de reprendre dans son champ de vision la trogne si rassurante de Sal. « J'vais rien t'apprendre en te disant qu'les années défilent, et que les gens changent aussi. » Tristement célèbre comme constatation, il n'est pas assez objectif pour se regarder dans une glace et se demander s'il est devenu un monstre. Après tout, ce terme est utilisé pour qualifier un être, un compatriote qui a commis des tas d'erreurs, parce que dans l'esprit d'autrui ; impossible qu'un personnage similaire ait pu faire des horreurs. C'est pour ça qu'ils se font nommer monstres, parce que c'est un moyen comme un autre de se protéger de ce qui pourrait être difficile à avaler - déjà que celle de la pauvreté est complexe à faire passer. Il l'est déjà pour lui en face qui ne sait pas par quoi commencer, alors quelle différence ? Il n'a plus grand-chose à perdre, pas même sa dignité. « J'connais Woodes, p'tête pas autant que je l'voudrais, mais assez pour que j'puisse le respecter ne serait-ce qu'un tant soit peu. Les racontars n'sont que des hobbies de bonnes femmes qui s'ennuient et... J'crois pas être la meilleure personne pour l'juger. » Ses sourcils se froncent tristement, il y fait référence malgré lui. Non, il ne veut pas tout foutre en l'air à cause d'une simple constatation, pas maintenant, pas tout de suite alors que tout reprend d'une manière plus que posée. Conscient de son affront il se prépare à rattraper le coup alors que Mona gigote sur ses jambes, s'étire puis donne un coup de poing monumental dans son épaule gauche, la pauvre torturée qui la semaine précédente venait à peine de se faire cicatriser. La plaie encore plaignante bien que refermée lui arrache une expression de terreur doublée d'un sursaut. « MEEEER- » Il s'arrête en pinçant l'intérieur de sa joue, même devant les enfants il faut savoir garder un minimum de tenue et surtout ne pas leur montrer le mauvais exemple. Il ne voudrait pas que la descendante Graham devienne ce grand benêt au langage roturier et franc. Elle mérite beaucoup mieux, après tout ce n'est pas pour rien qu'il la surnomme sa princesse. Intériorisant le plus possible sa peau encore sensible, la jeunette tire une moue en marmonnant. « Pa'don. » Attendri par ce geste, il colle sur son front un baiser tendre en ajoutant à son tour. « J'suis plus résistant qu'j'en ai l'air va. » Autant physiquement que mentalement, une fin vous forge, le début d'une autre nouvelle tout autant et surtout les cadavres s'éparpillant dans son entourage ont considérablement aidé à lui faire voir son horizon d'une tout autre manière. Soupirant, presque rassuré de sentir la ridicule agonie s'estomper il repose ses deux billes noires sur son aîné tout en gardant des traits tendres bien que gênés par tout ceci. Tout comme la première fois où il a croisé sa route, il se remet à beugler. Nom d'un chien, ils sont destinés à se gueuler dessus ou du moins à voir l'un crier sur l'autre. Grimaçant bien qu'amusé par cette déduction il passe bout de sa langue pour humecter ses lèvres avant d'essayer de réparer sa propre bêtise. « Tu sais... J'aurais jamais pensé que tu s'rais un jour dans un tel établissement, et pourtant, l'destin réserve des tas d'surprises. » Continue-t-il en laissant un sourire reprendre le pas sur tout ce qu'il cherche à dissimuler. « Si on peut appeler ça l'destin, ce quelque chose alors ou je n'sais trop quoi exactement. » Il ne vaut mieux pas le nommer, ça casserait probablement la petite magie qui arrive à naître de cette conversation tout à fait pitoyable parce qu'ils ne savent plus comment s'apprécier. Ou du moins, ils n'ont plus la moindre idée de comment s'apprivoiser sans se mordre jusqu'au sang. Se sentant profondément déplorable, Wolfe lève les yeux vers le plafond en soupirant. « Sal je... » Suis désolé ? Je te demande pardon ? Je souhaite que tout ceci n'ait jamais eu lieu ? Bon sang, il l'a trop dit, il l'a trop répété, même si son poing s'est abattu sur sa face de poupée porcelaine il y a de cela quatre ans. Je rien du tout, parce que je ne veux plus rien dire, parce que je ça ne fait plus aucun effet. Un énième gloussement sec lui échappe, ses prunelles pétillent d'une excitation certaine alors qu'il les plonge dans les siennes. « J'ai l'impression qu'une éternité s'est passée depuis c'fameux soir, et maintenant j'arrive même plus à te t'nir une discussion. » Penchant sa tête à peine sur le côté pour éviter de se retrouver sur celle de la fille Graham, sa trogne s'étire en une grimace malicieuse. « Plutôt navrant, hein ? » Il est beau le quartier-maître qui peut diriger des hommes sans douter une seconde de ses actes, il est glorieux l'adulte qui peut sermonner plus jeune que lui. Il se souvient pourtant que lui aussi fut à la place des autres avant qu'il ne devienne ce qu'il est actuellement, avant d'avoir été Ramsey l'impassible, il avait été Ramsey au coeur tabassé, celui-ci fourbu se donne malgré tout encore le courage de battre pour des fabulations. Boum, boum, boum, ça faisait longtemps vieille canaille.

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MessageSujet: Re: sal ≈ mea culpa.   Lun 20 Avr - 15:53



on m'avait dit te pose pas trop d'questions, tu sais petit, c'est la vie qui t'répond


« J'vais rien t'apprendre en te disant qu'les années défilent, et que les gens changent aussi. »

Non, Wolfe ne lui apprenait rien en effet. Depuis quatre ans qu’ils avaient débarqué à Nassau, depuis quatre ans que Sal Graham faisait son petit bout de chemin seul, titubant et réussissant parfois à se raccrocher aux murs, parfois non, depuis quatre ans qu’il avançait dans le noir sans savoir s’il verrait un jour le bout du tunnel, Sal avait bien compris qu’on changeait aussi facilement que le courant pendant la tempête. Il avait changé, le Ramsey, et nul doute qu’à ses yeux Graham n’était plus le même lui non. Moins fier. Moins fort. Plus cassé. Moins soigneux. Une vraie loque, il s’en rendait bien compte quand il avait le malheur de croiser son reflet dans l’un des miroirs crasseux du bordel le matin. Il avait une dégaine de pirate lui aussi, ironiquement – un pirate minable qui n’aurait pas retrouvé d’équipage et était condamné à errer sur les terres en attendant que le vent tourne. Il n’était pas pirate, mais il n’attendait que ça, l’ancien médecin. Que le vent tourne. Même un tout petit peu, ça lui suffirait. Il s’enlisait dans cette foutue vie qui ne lui ressemblait pas, ou qui lui ressemblait trop. Mona était sa seule consolation, Maria s’échinant à lui mener la vie malgré l’affection qu’ils se portaient, et Wolfe… peut-être bien que le vent changeait, finalement. Imperceptiblement. Maintenant qu’il se tenait là devant lui, sa fille contre son épaule, Sal se disait que la scène avait quelque chose de surréaliste. D’inespéré aussi. Il n’osait y croire encore. Il y avait beaucoup de choses en lesquelles Sal Graham ne croyait plus – retrouver son plus vieil ami en faisait partie.

« J'connais Woodes, p'tête pas autant que je l'voudrais, mais assez pour que j'puisse le respecter ne serait-ce qu'un tant soit peu. Les racontars n'sont que des hobbies de bonnes femmes qui s'ennuient et... J'crois pas être la meilleure personne pour l'juger. »

Sal haussa un sourcil, dubitatif. C’est vrai, il ne connaissait pas le monde des pirates de l’intérieur, et pour cause – il avait délibérément choisi de s’en tenir à la périphérie, ne tenant pas particulièrement à finir la gorge tranchée ou les entrailles à l’air au détour d’un pillage qui aurait mal tourné ou d’une rixe de taverne. Et bizarrement, il avait un peu de mal à trouver une once de respect en lui pour un homme qui avait fait son motto de piller et massacrer les autres. C’était sûrement une caricature, mais on ne faisait pas de fumée sans feu, n’est-ce pas ? Et Wolfe, Wolfe qui se retrouvait embarqué là-dedans… Sal ne savait quoi dire ni penser. Assis contre le rebord de son bureau, les bras croisés et un pouce à ses lèvres dont il était en train de ronger l’ongle, Sal le dévisageait d’un air inquiet, ne cherchant à cacher ni sa perplexité, ni son souci, ni sa mélancolie. Soudain, Mona remua ; et dut faire un geste un peu brusque puisqu’elle arracha un cri à Wolfe qui fit sursauter Sal.

« Wolfe ? Ca va ? » demanda-t-il, inquiet. « J'suis plus résistant qu'j'en ai l'air va. » rétorqua-t-il autant au médecin qu’à sa fille qui s’était excusée d’une toute petite voix. Il en fallait plus pour tromper Sal, trop habitué à réparer Wolfe en mauvais état malgré ces quatre années de séparation. Le nombre fois où le pirate était arrivé chez lui en souriant alors qu’il avait encore réussi à se faire mal quelque part ne se comptaient plus, ni le nombre de fois où Sal avait tant bien que mal réparé les dégâts. Sal dédia un regard réprobateur à son ami – comme au bon vieux temps, sans même y penser. Puis il se détacha lentement de son bureau pour rejoindre sa commode en quelques pas et commencer à en sortir son matériel.

« Tu sais... J'aurais jamais pensé que tu s'rais un jour dans un tel établissement, et pourtant, l'destin réserve des tas d'surprises. » reprit Wolfe. Sal eut un demi-rire sans joie. « Si je m’y étais attendu moi-même, Wolfe… je pense que j’en aurais bien ri, à une époque. » répondit-il doucement en se lavant les mains dans la bassine d’eau froide. Ah ça. Il savait qu’il avait toujours été le vilain petit canard de la famille, mais si ses parents apprenaient où leur très cher fils se trouvait à l’heure actuelle, ils en feraient probablement une attaque. Un Graham dans un bordel, on avait jamais vu ça. Lui-même avait mis un peu de temps à se faire à l’idée, et puis il avait décidé que plus rien ne comptait et qu’il ne servait à rien de se morigéner à cause de ça. Oui, il refaisait sa vie dans un bordel. Enfin, si on pouvait appeler ça une vie. Il survivait plutôt, grâce à Haytham, grâce aux filles du bordel dont il avait réussi à gagner la confiance, grâce à Maria et Mona et le semblant de famille qu’ils formaient tous les trois. Ce n’était pas tout à fait une vie, mais c’était quand même mieux que rien, il fallait bien l’admettre.

« Sal je... »

Sal se retourna, interrompant son geste alors qu’il s’essuyait les mains sur une serviette, pour regarder Wolfe d’un air interrogateur. Il ? La phrase resta en suspense quelques instants, alors que Sal attendait la suite, incertain de ce qui allait sortit, incertain comme il l’était de toute cette conversation dont il n’avait pas encore accepté la réalité. Puis Wolfe laissa échapper un rire, sec et sans joie. Un rire comme Sal connaissait bien.

« J'ai l'impression qu'une éternité s'est passée depuis c'fameux soir, et maintenant j'arrive même plus à te t'nir une discussion. » finit-il par confesser, presque honteux, certainement fataliste. Sal baissa les yeux, acquiesçant en silence. Ce fameux soir. Ce fameux soir où tout avait volé en éclats, où rien n’avait plus jamais été comme avant. Ce soir où Sal Graham avait tout gâché, avec son entêtement borné et stupide, sa rancœur insensée, sa mauvaise foi empoisonnée. Il s’en était passée une éternité, c’est vrai. Ni Sal ni Wolfe n’étaient les mêmes personnes que lorsqu’ils s’étaient quitté ce soir fatal, quatre ans plus tôt. Le poids dans la poitrine du médecin s’alourdit un peu plus. « Plutôt navrant, hein ? »

Sans répondre, Sal s’approcha de lui et, délicatement, passa ses mains sous les bras de Mona pour la prendre dans les siens. Elle s’était tout à fait endormie maintenant, et Sal la déposa doucement sur un fauteuil et la couvrit d’une mince couverture en s’assurant qu’il ne l’avait pas réveillée. Puis il revint vers Wolfe en remontant les manches de sa chemise, et en évitant son regard.

« Arrête de dire des bêtises et montre-moi ce que tu t’es fait. » Puis, voyant que Wolfe le regardait d’un drôle d’air, Sal leva les yeux au ciel avant de lui jeter un nouveau regard impatient. Comme avant. « Il s’est peut-être passé une éternité, mais tu n’as fait aucun progrès pour cacher tes bavures. Monte-moi ça avant que ça ne s’infecte. » répéta le médecin en se tournant vers ses ustensiles pour préparer des pansements propres. Certaines choses ne changeaient pas malgré les années. En un sens, c’était rassurant. Comme une ancre à laquelle se raccrocher alors que le reste était perdu. Amusant de voir que même dans un moment aussi difficile que celui-ci, c’était les anciens réflexes qui revenaient naturellement. Comme pour leur première rencontre, Wolfe était dans un sale état, et Sal lui râlait dessus. Comme un cycle qui se complétait, comme une brèche qui se refermait un petit peu. C’était plus facile comme ça. Il n’y avait même pas de discussion à tenir, contrairement à ce que Wolfe semblait penser. Il y avait juste un moment à vivre, ou à revivre, des habitudes à retrouver, des plaies à panser. Sal non plus ne savait que dire. Lui autrefois si volubile avait perdu l’habitude de parler, comme si une source s’était tarie, comme s’il n’avait plus la force de sortir toute cette admirable rhétorique de ses entrailles, comme s’il préférait économiser ses forces, tel un vieillard en fin de vie. C’est ça. Sal Graham était passé de jeune homme fringuant avec toute la vie devant lui à un vieillard avant l’heure. C’était ça qui était pathétique. Pas Wolfe et ses honorables tentatives de leur arracher quelques paroles à tous les deux. Se tournant à nouveau vers son ancien ami, il constata les dégâts et grimaça.

« Diable. Tu t’es encore bien amoché. » Il regarda de plus près, absorbé dans sa tâche. « C’est ton chirurgien de bord qui a réparé ça ? Pas mal pour un travail fait à la va-vite, mais il était temps que j’y jette un œil. Serre les dents, ça risque de faire un peu mal. » dit le médecin d’une voix neutre en imbibant un chiffon d’alcool avant de l’appliquer sur la plaie. Le coup de Mona l’avait quelque peu rouverte et Sal prenait soin d’y aller en douceur sur le torse de son éternel blessé. Il le sentit se raidir sous ses doigts et ne put retenir une esquisse de sourire. Pendant quelques secondes, il oeuvra en silence, concentré sur ses soins. Puis il s’empara d’un rouleau de bandages propres et entreprit d’achever son œuvre. Il en profita pour briser le silence ; c’était lui qui leur avait imposé ce gouffre de quatre ans, c’était à lui de donner le premier coup dans le mur… pas vrai ?

« Ce que je voulais dire, c’est que… » Sal cherchait ses mots, incertain, ses mains passant le bandage autour de la blessure presque automatiquement. « Ce n’est pas toi qui es navrant, Wolfe. C’est moi. » La gorge de Sal se noua bien malgré lui. C’était une chose de savoir qu’on était pathétique et bon à jeter aux crocodiles. L’admettre à voix haute devant un tiers, c’était une autre histoire. Les souvenirs lui revenaient, beaux, douloureux, amusants, destructeurs. Mais tout ça, ça faisait partie de lui, ça faisait partie d’eux. Il ne pouvait pas faire le tri et choisir ceux qu’il voulait jeter comme il avait tenté de le faire en rayant Wolfe de la carte. Il avait largement eu le temps de constater que cette tentative pour oublier était un échec complet. On ne choisissait ce que l’on vivait, ni ce que l’on avait vécu. En revanche, on pouvait choisir ce qu’on en faisait. Et il avait mis longtemps, très longtemps à le comprendre. Trop longtemps, sûrement. Peut-être que les dégâts étaient irréversibles. Dans tous les cas, ça valait la peine d’essayer, non ? « J’ai tout gâché, pas vrai ? Quand je t’ai viré il y a maintenant quatre ans… j’étais furieux, contre toi, contre la mer, contre le monde… mais surtout contre moi-même. » Chaque mot lui coûtait. Comme ancrés en lui, il devait les arracher, ça saignait, ça faisait mal, mais il fallait que ça sorte. Sinon, c’était la mort assurée. « Je m’en suis pris à toi parce que… j’étais trop mal pour me remettre en question. Si je l’avais fait, j’aurais sûrement sauté du pont du bateau avant qu’on ne touche la côte. » C’était vrai. Mais ça n’était pas assez. Comment expliquer à Wolfe, comment lui expliquer au bord de quels gouffres il avait marché, combien de fois il avait failli tomber, comment il avait réussi à se raccrocher au bord par il ne savait quel miracle, parce qu’il avait accusé son ami, parce qu’il n’avait pas regardé la vérité en face, parce qu’il était trop faible pour ça comme pour le reste, parce qu’il lui avait fallu quatre foutues années avant d’enfin y parvenir ?

Il acheva son travail puis, dans un réflexe instinctif, posa sa main sur l’avant-bras de son ami. Un contact. Le premier depuis quatre ans. Un point d’ancrage. Un rocher dans la tempête qui agitait son cerveau – mais que pour une fois, il ne fuirait ni n’ignorerait. Puis il prit son courage à deux mains et força son regard à croiser celui de Wolfe. Ses yeux bleus, qu’il savait incapables de mentir, trahissaient son remords, sa tristesse, sa souffrance – et par-dessus tout, son désir plus fort que tout de dire enfin pardon.

« Je suis désolé Wolfe. Pour tout. Pour ce que je t’ai dit, pour ce que je t’ai fait subir, pour ces quatre ans… si je n’avais pas été aussi aveugle et égoïste… tout aurait pu être tellement différent. » soupira-t-il, la voix brisée. « On aurait pu avoir la vie dont on avait rêvée, à peu de choses près… Sheona en moins, mais on aurait trouvé un moyen… on aurait réussi à vivre. On se serait débrouillés, comme d’habitude. On aurait été ensemble, et c’aurait été tout ce qui comptait. » Il déglutit non sans difficulté et baissa à nouveau le regard, prêt à recevoir sa sentence, en bon coupable qu’il était enfin. « Enfin, c’est trop tard maintenant… n’est-ce pas ? » conclut-il morose et fataliste. Trop tard, par couardise, par lâcheté. Parce qu’il était lui, et parce qu’il n’était pas assez comme Wolfe.

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